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Nov 24

L’Alternativa 2014 : “Brûle la mer”

brule

Le festival vient de se clôturer sur la thématique de l’identité et de l’immigration. Un contexte d’autant plus d’actualité étant donné la situation en Catalogne et le référendum concernant l’indépendance. Après une semaine intense de projection de films indépendants des quatre coins du monde, d’ateliers, de conférences, le film français “Brûle la mer” a particulièrement marqué les esprits. En effet, le film parle des Tunisiens qui ont fait la révolution et qui peu de temps après on quitté le pays dans des embarcations de fortune, afin de rejoindre l’Europe, tant rêvée. Le long-métrage prend la forme d’une docufiction et a comme particularité d’être réalisé par un Tunisien Makki Berchache (qui raconte sa propre expérience) et d’une française : Nathalie Nambot. La thématique est un sujet brûlant d’actualité à l’heure où les Tunisiens votent pour leur premier gouvernement démocratique et d’un autre côté les rives nord de Méditerranée reçoivent des immigrants clandestins. J’ai eu la chance de rencontrer les réalisateurs du film et d’échanger quelques propos avec eux.

22-11-63

 

Le film n’est pas une autre histoire de révolution, non, c’est l’histoire de personnes dont on ne parle pas, de personnes qui ne devraient pas exister. L’oeuvre est née d’une rencontre entre Makki et Nathalie, tous deux militants. Makki, alors sans-papier, survirait au jour le jour à Paris et se battait aux côtés d’autres de ses compatriotes afin de réclamer le droit d’avoir une vie décente. Nathalie, issue du monde du théâtre et du cinéma, apportait son aide aux sans-papiers, c’est ainsi qu’elle a rencontré Makki et depuis une amitié s’est liée. Au fur et au mesure de celle-ci, ils ont voulu laissé un témoignage de cette lutte, de cette période, de l’histoire, de leur vie, de leur combat. Cette histoire retrace deux ans de lutte difficile où l’illusion du rêve européen côtoie celui d’une vie meilleure. En réalisant ce long-métrage, ils veulent aussi passer un message aux gouvernements, aux clandestins et au monde. Ils demandent de la dignité dans le traitement des sans-papiers, où l’on voit notamment une scène pleine d’ironie où le maire de Paris inaugure une place Mohamed Bouazizi, en l’honneur de la révolution tunisienne, alors qu’il pourrait aider des jeunes Tunisiens dans la rue, juste à côté de lui. D’un autre côté, on parle de la solitude de ces sans-papiers qui sont abandonnés par leur propre communauté car ils ont eux aussi leur lot de problèmes. Ou encore ce jeune “Harraga” qui a passé les frontières clandestinement alors qu’il n’avait pas encore 18 ans. Ce dernier, a préféré retourner en Tunisie désabusé par la France et le mythe d’une vie meilleure en Europe.

Je vous invite à voir ce long-métrage, d’autant plus qu’il a reçu une mention spéciale au festival. Je terminerai mon article sur un message de Makki répondu lorsqu’on lui a demandé la signification du titre du film :”Brûle la mer, c’est abat les frontières, abat la société capitaliste”.